La Blonde en Béton
Le procès au civil de l’inspecteur Bosch a débuté, et rien de bon ne s’annonce pour lui. La partie plaignante est défendue par Honey Chandler, célébrissime avocate, douée et convaincante qui plus est. Bosch, lui, est défendu par un piètre avocat de l’aide juridictionnelle, autant dire que ce n’est pas gagné. Sur le fond, il est jugé pour le meurtre de Norman Church, qui s’avérait être un tueur en série. Surnommé le Dollmaker (littéralement le fabricant de poupées) par la presse, Church s’attaquait à des prostituées, les violaient et les maquillaient de telle sorte qu’elles ressemblent à des poupées de porcelaine. Glauque !
Toutefois un élément troublant vient perturber le déroulement du procès : le cadavre d’une femme vient d’être retrouvé, coulé dans du béton depuis plusieurs années. Parfaitement momifié. Maquillé à l’instar des autres victimes du Dollmaker, et présentant les mêmes caractéristiques. Seulement voilà : le Dollmaker est mort quatre ans plus tôt.
Bosch se serait-il trompé de suspect ? Aurait-il abattu un innocent ? Le vrai Dollmaker est-il toujours de ce monde, revendiquant ainsi le privilège de la célébrité que lui soustrait Church grâce à ce procès ?
Rempli de doute, Bosch décide de reprendre l’enquête depuis le début, tout en enquêtant sur la mystérieuse blonde retrouvée dans le béton. Petit à petit, à mesure qu’il consulte psychiatres, agents des mœurs, journalistes et reprend le dossier depuis le début, une idée germe dans sa tête, une théorie qui a l’effroyable goût du sang et de la perversité.
Le Cadavre dans la Rolls
C’est lors de sa tournée que l’agent de service Powers découvre sur un chemin peu fréquenté une Rolls Royce abandonnée dans laquelle gît le corps sans vie d’un homme. Alertée, la police hésite quant aux mesure à prendre ; en effet, à moins de deux cent mètres se joue un orchestre, et le stade en contrebas est bondé.
Appelé sur les lieux pour reprendre une carrière qu’il avait délaissée quelque temps, l’inspecteur Harry Bosch observe la scène d’un œil critique ; l’homme inanimé a les mains liées dans le dos, et deux balles de calibre .22 sont logées dans sa boîte crânienne. Sur sa face, l’expression indélébile de la peur et la connaissance d’une fin toute proche.
L’homme en question répond au nom d’Anthony Aliso, producteur de films miteux sans grand succès. Et pourtant, son rythme de vie fonctionnait à plein régime. En effet, à côté de ces piètres recettes en matière cinématographique, Aliso s’avérait être un invétéré joueur de poker. Il se rendait fréquemment à Las Vegas, au Mirage notamment, pour dépenser des sommes d’argent colossales, remportant parfois sa mise, repartant d’autres fois les mains vides.
Mais cet étrange manège avait l’air de cacher une bien plus grande mise en scène, enfoncée très profond dans la pleine escroquerie. Ce sont les inspecteurs Rider et Edgar qui vont mettre à jour l’éminence d’un contrôle fiscal qui menaçait le producteur de films.
Parallèlement, Bosch est intrigué par l’attitude quasi indifférente de la veuve Veronica Aliso, qui ne semble gère se soucier des nouveaux lendemains sans fortune qu’elle connaîtra. Elle avoue sans peine que leur mariage avait du plomb dans l’aile et que son mari plutôt volage, avait de nombreuses aventures extraconjugales, qui débutaient la plupart du temps dans un club de nuit, le Dolly. C’est là-bas que Bosch fera la rencontre de filles ayant fréquenté feu Tony Aliso, ainsi que le patron de cet endroit typique de Las Vegas, Luke Goshen.
Tout se gâte cependant pour Bosch qui, lors d’une investigation en solitaire à l’hôtel Mirage, attenant au casino du même nom, fait une rencontre fortuite. Une jeune femme, Eleanor Wish, paraît être étroitement mêlée à cette histoire ; elle était en effet assise à la même table de jeu que Tony Aliso la veille de sa mort. Cette ancienne personnalité du FBI, plus tard incarcérée pour avoir trempé dans une affaire de braquage, s’avère être également une ancienne conquête de Bosch, qui l’a particulièrement marqué.
Les éléments peinent à s’imbriquer les uns dans les autres ; deux voyages à Vegas ne suffiront pas à Harry pour échapper à une sanction disciplinaire. Les agents fédéraux sont eux aussi sur l’affaire, bien décidés à l’usurper à la police locale. Toutefois, Bosch et son équipe sont loin de renoncer, et mènent leur recherches clandestinement, de leurs côtés.
L'Oiseau des Ténèbres
Edward Gunn, un alcoolique invétéré, est retrouvé mort dans son appartement. La mise en scène qui consiste à faire croire à un suicide est vite écartée au profite de l'homicide. Car si la position foetale inversée réalisée au moyen de cordes attachées dans le dos de la victime peut éventuellement faire croire que celle-ci s'est donnée la mort grâce à un noeud coulant ingénieusement relié au reste du processus, le seau posé sur sa tête indique qu'une autre personne était présente au moment de la mort. De plus, un autre élément permet d'étayer la thèse du meurtre prémédité : la chouette !
L'inspectrice en charge de l'affaire, Jaye Winston, qui pêche un peu sur le dossier, va missionner un ancien du FBI, un certain Terry McCaleb, retiré sur une marina depuis sa greffe, afin de trouver dans le dossier un élément que la police aurait manqué. Celui-ci va éplucher minutieusement le classeur laissé par son ex-collègue, et visionner une cassette de la scène du crime. C'est à cette occasion que McCaleb repère le fameux "oiseau des ténèbres". Car si la chouette a aujourd'hui une connotation de sagesse et de renommée, elle était à une époque lointaine, notamment au Moyen-Age signe de mauvais augure et de malheur. Et certains peintres l'ont bien compris, et s'en sont servi dans leurs oeuvres ; c'est en effet le cas de Hieronymus Bosch, artiste hollandais, connu pour ces oeuvres macabres et funestes.
D'ailleurs coïncidence troublante, l'inspecteur qui a coffré Gunn six ans plus tôt pour meurtre s'appelle Harry Bosch. Et McCaleb le connaît bien, ils ont travaillé ensemble il y a bien des années.
L'ancien du FBI ne peut s'empêcher de porter ses soupçons sur Bosch, aussi stupide que cela puisse paraître. Car tout le désigne comme étant le suspect idéal... encore fallait-il faire toutes ces recherches, et Winston et McCaleb les ont faites ! Et elles désignent toutes le même homme.
Au même moment, Bosch est témoin dans le procès mettant en cause un réalisateur célèbre, le fameux David Storey, droitement défendu par son avocat, le grandissime John Reason Fowkkes. La partie ne semble pas gagnée d'avance. Storey est accusé du meurtre d'une actrice, Jody Krementz, pour l'avoir étranglé avec un lien, faisant passer la mort pour un accident ; en effet, de nombreux cas d'asphyxie auto-érotique adviennent, mais les personnes concernées sont généralement des hommes.
Là est tout l'enjeu ; si Bosch est témoin dans cette affaire des plus médiatisées, son autorité risque d'être nettement affaiblie si celui-ci venait à être accusé de meurtre ! Son témoignage serait grevé d'incrédibilité, et viendrait à accroître la pitié des jurés en faveur de l'accusé.
Jaye Winston et McCaleb auront bien du mal à échafauder une théorie cohérente pour découvrir peu à peu la vérité, dans une véritable course contre la montre. Ils doivent en effet jouer fin, continuellement pistés par deux inspecteurs du FBI, certains de la culpabilité de Bosch, et bien décidés à la prouver.
Très bon polar, qui se détache vraiment de tous les livres déjà abordés, de part son style d'écriture, mais aussi par la grande qualité et la précision concernant le déroulement d'un procès aux Etats-Unis. On y voit un long cheminement, qui dessine des phases plus ou moins intéressantes.