- Eugène Ionesco : Rhinocéros 
- Platon : Apologie de Socrate
-
Federico Garcia Lorca : La Maison de Bernarda Alba 
- Molière : L'Ecole des Femmes 
- Molière : Dom Juan 
- Jean Claude Carrière : La Controverse de Valladolid

Rhinocéros - Eugène IONESCO

Pièce en trois actes écrite en prose, publiée en France en 1959, Rhinocéros met en scène un petit village qui voit peu à peu tous ses habitants se transformer en rhinocéros après avoir contracté la « rhinocérite » et verdi considérablement.

C’est la panique générale qui s’installe peu à peu ; aux terrasses des cafés, on voit ces créatures défiler en troupeau, démolissant tout sur leur passage. Et puis très vite, c’est l’embrigadement et toute la population semble touchée. Les gens perdent leur apparence humaine, leur voix mue, et leur nombre augmente considérablement. C’est ainsi que Jean, le logicien ou encore Daisy adhèrent au mouvement. Seul, Béranger, un villageois marginal, toujours sale et mal rasé, échappe au phénomène et affiche clairement sa haine pour ces animaux repoussants. Et jusqu’au bout il luttera, seul, puisque ses derniers amis ont été finalement emportés par la vague de « rhinocérite ».
 
Burlesque, grotesque parfois, emblème du théâtre de l’absurde, Rhinocéros est une pièce des plus métaphoriques dans la mesure où elle relate de manière théâtrale et imagée la montée en puissance du totalitarisme, en particulier du nazisme dans les années 30.

On y voit le phénomène d’embrigadement, les populations qui cèdent et suivent peu à peu le mouvement sans forcément savoir pourquoi, et d’autres – incarnées ici sous le personnage de Béranger – qui résistent, parfois leur vie durant.

Analyse de la pièce : 
http://batcoco-bou.wifeo.com/documents/Rhino-annexe.doc


Apologie de Socrate - PLATON


"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien".
C'est cette phrase que prononce Socrate après avoir interrogé diverses professions de la cité, se rendant ainsi compte que personne ne maîtrise vraiment son sujet, et que du moins, personne n'est capable d'en expliquer les règles ! Lui, par contre, est persuadé d'une chose ; qu'il n'a aucune connaissance. C'est un moyen de tourner en dérision les commerçants et autres acteurs économiques de la cité, en leur prouvant que pas plus que lui, ils ont du savoir... C'est en s'engageant dans cette voie, alors qu'il tente de faire réfléchir la jeunesse sur ce sujet-là, que les autorités voient en lui un danger potentiel. Réputé nuisible pour la société toute entière, il est emprisonné et condamné à mort. La sentence aura lieu lorsqu'un bateau parti pour une île lointaine reviendra dans la cité d'Athènes. Entre temps, des amis de Socrate ont organisé une évasion ; l'un d'eux s'enquit auprès du prisonnier pour le libérer. Mais il refuse. C'est dans cet essai en trois actes que Platon reconstitue le dialogue entre Socrate et divers interlocuteurs. Le philosophe expose ses arguments, défendant bec et ongle une idée de justice et de mort loyale. Malgré les protestations de ses amis, Socrate reste digne, campé sur ses positions.

Très simple d'accès, ce livre est très vite lu, facilement compréhensible et très riche en vocabulaire etc. Recommandé !


La Maison de Bernarda Alba - Federico GARCIA LORCA

Drame en trois actes écrit en 1936, La Casa de Bernarda Alba (titre original) dénonce essentiellement le traditionnalisme de la société espagnole du début vingtième. Cette pièce met en scène uniquement des femmes, appartenant à une même famille. Suite au décès du senior Alba, la veuve de celui-ci oblige ses filles à respecter le veuvage, c'est-à-dire une durée de huit ans dans laquelle toutes doivent rester cloîtrée chez elle, sans jamais voir le jour. Leur seul contact avec le monde extérieur s'incarne en la Poncia, sorte de servante de Bernarda, qui a d'ailleurs le même âge qu'elle et dont le rôle est de donner des conseils, des avertissements.

Si Bernarda oblige ses filles à respecter cet enfermement de huit ans, c'est certainement parce qu'elle est très conservatrice et très à cheval sur les principes. En outre, elle craint les ragots et le "qu'en dira-t-on", s'inquiétant ainsi de l'avis des villageois(es) si ses filles ne se pliaient pas aux exigences traditionnelles. Sur les cinq filles, trois sont réellement très soumises à leur mère et la craignent vraiment. Une autre, Martirio, dont le caractère très complexe la fait apparaître comme plutôt marginale, incarne l'egoïsme et l'amertume. Persuadée qu'elle ne pourra jamais se marier du fait de la trop longue durée de cet enfermement, elle obéit indirectement aux directives de sa mère. La plus jeune des filles s'insurge déjà contre des moeurs qu'elle abhorre, et incarne à elle seule la rébellion.

L'auteur aborde un autre point important, avec un personnage simplement évoqué mais que l'on ne rencontre jamais ; il s'agit d'un jeune homme qui doit se marier avec l'aînée des filles, Angustia, qui déjà vieille (39 ans) demeure la plus laide d'entre toutes.

A travers cette courte pièce, Garcia Lorca montre notamment à quel point il est difficile de plier face à des traditions ancrées depuis des générations, et comment ces mouvements de résistance sont voués à l'échec lorsqu'ils ne sont pas soutenus.


L'Ecole des Femmes - Molière 

 
Comédie en cinq actes publiée en 1663, L’Ecole des Femmes met en scène Arnolphe, un vieux barbon dont l’obsession majeure est d’être cocu, et qui souhaite se marier avec sa pupille, jeune fille qu’il a sous sa garde depuis son enfance. D’ailleurs il a pris le soin de la priver de toute éducation.

Très vite, Arnolphe, qui depuis peu se fait appeler Monsieur de la Souche, rencontre Horace, le fils d’une de ses connaissances. Le jeune homme lui fait part d’une récente rencontre qu’il a eu avec une certaine Agnès et qui, bizarrement, est retenue comme prisonnière chez elle par un certain de la Souche. Arnolphe, silencieux, fulmine.
 
Néanmoins, il est décidé à ne pas laisser Agnès dans les mains de ce jeune homme sans cervelle. Avec l’aide de ses domestiques, il montera des stratagèmes pour éconduire le visiteur qui, de nuit, rend parfois des visites à Agnès. Mais la scène tourne en tragédie, le jeune homme est découvert inconscient après avoir été précipité de l’échelle.
 
Par ailleurs, Oronte le père d’Horace, a décidé d’un mariage pour son fils avec la fille d’un certain Enrique. L’amant éploré demande avec supplication de l’aide auprès d’Arnolphe, qu’il ignore être l’abject Monsieur de la Souche. Ce dernier accepte avec ironie, non sans se moquer allègrement du jeune homme.
 

Pourtant, la situation qui semblait si critique et si défavorable aux jeunes gens, s’améliore lorsque Horace découvre qu’Agnès est en fait la fille d’Enrique. D’autre part, Arnolphe est démasqué, et se voit contraint de fuir.





Dom Juan - Molière 

L’expression « Dom Juan » pour désigner un coureur de jupons se doit indubitablement à cette œuvre de renommée mondiale. Pourtant, elle demeure l’une des pièces de Molière les moins jouées.

Elle met en scène Dom Juan, un homme libertin qui n’a aucun scrupule à profiter des femmes avant de les quitter. Il ira même jusqu’à contracter un mariage avec Done Elvire qu’il aura préalablement enlevé de son couvent. Son valet et compagnon de toujours, Sganarelle, n’approuve pas cette attitude, mais lui étant assujetti, il ne peut que constater avec tristesse les méfaits commis par son maître. Il le qualifie d’ailleurs de « grand seigneur méchant homme ». Au cinéma, ce personnage est incarné par Claude Brasseur.
 
Bien évidemment, Dom Juan est haï par ces femmes qu’il abandonne, notamment par Done Elvire qui lui assure sa vengeance prochaine. De plus, les deux frères de celle-ci ont juré de traquer le séducteur invétéré, qu’il croise d’ailleurs un jour dans une forêt. Mais l’un d’eux promet de remettre à plus tard le duel, dans la mesure où Dom Juan les a sauvés d’une rixe.
 
Peu après, Molière se recueille près de la tombe d’un Commandeur, et cynique, lui fait une invitation à déjeuner. Et miraculeusement, la statue opine du chef.
Cette dose de surnaturel n’est pas sans surprendre, pourtant Dom Juan, impie au possible, n’en a que faire, et compte bien accepter l’offre de ce curieux protagoniste. 
Le valet mettra son maître en garde, le suppliant de ne point s’y rendre, car il pressent un grand malheur. Mais, et c’est certainement une forme de courage que l’on reconnaître à Dom Juan, ce dernier, qui dit n’avoir peur de rien, désire pourtant faire cette rencontre, qui lui sera pourtant fatale.
 

Le surnaturel jouant une part très importante dans le dévouement, on peut se demander dans quelle mesure Molière croit-il en la Providence. Si elle se manifeste, force est de constater qu’elle intervient à des degrés beaucoup moins suggérés. Mais l’effet de style est voulu, et sert à montrer que toute mauvaise action est punie, surtout qu’à l’époque, le seul fait de ne pas croire en Dieu constitue un sacrilège. Il semblerait que Dom Juan soit sanctionné non seulement pour ses pêchés envers les femmes, mais aussi pour son athéisme.


La Controverse de Valladolid - Jean-Claude CARRIERE

La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb marqua la fin de la tranquillité pour les Indiens autochtones, qui virent arriver en masse des centaines, des milliers de colons européens, débarqués dans le but de convertir au christianisme les indigènes, et de les utiliser comme main d’œuvre pour transformer ce sol si fertile en véritable base de rendement économique optimisé.

 

Les Indiens furent donc massacrés en masse, les rescapés étaient assujettis et travaillant dans des conditions déplorables afin d’accroître la production agricole. Nombre d’entre eux mourraient, du fait des mauvaises conditions de vie et d’hygiène, de la malnutrition, ainsi que des nombreuses maladies endogènes que les colons amenaient d’Europe, et notamment la tuberculose. Décimés en masse, les Indiens n’étaient pas plus considérés comme des être humains qu’un bovin ou un âne.

 

C’est dans ce contexte que s’inscrit la Controverse de Valladolid, pièce de théâtre mettant en scène Bartolomé de Las Casas, incarné au théâtre par Jean-Pierre Marielle, et Juan de Sépulveda. Le premier est un fervent défenseur de la cause des Indiens décimés, contrairement au second qui considère les Indiens comme une race inférieure, même pas humaine. Le débat s’envenime de nombreuses fois, et pour étayer sa thèse, Las Casas propose au pape de faire venir une famille d’Indiens à savoir le père, la mère et un enfant. En croyant faire bien, Las Casas signe en fait le traité de mort de milliers d’autres indiens. Sa stratégie n’a pas fonctionné tellement les indigènes sont morts de peur.

 

 

Suite historique : une fois largement décimée, la population indienne ne laisse pas suffisamment de survivants pour satisfaire les besoins des colons exigeants. Ceux-ci ne se découragent pourtant pas, et trouveront en la population noire, une excellente source de main d’œuvre. Une nouvelle vague de déportation a commencé ; elle fera des millions de victimes en Afrique.

 




 
 
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