Note : j'ai choisi d'insérer cette page consacrée à la psychologie au sein de la rubrique CRIMINOLOGIE, en ce qu'elle correspond à mon parcours d'étude. La mettre dans la rubrique VIE QUOTIDIENNE était tout aussi pertinent.

Vous trouverez ci-dessus des ouvrages hétéroclites traitant de plus ou moins loin de psychologie, mais également de psychiatrie, de certaines maladies mentales.
C'est ce que je vous propose de découvrir avec le premier ouvrage, écrit par mon professeur de psychocriminologie : 

 

- Bernadette SÜRIG : Une Psy à la Prison de Fresnes
- René de LASSUS : Oser être Soi-même
- Hélène PARAT : L'Inceste
Bernadette SÜRIG : Une Psy à la Prison de Fresnes 

Préface de Rouland Coutanceau 

Pendant treize ans, Bernadette SÜRIG a été psycho-criminologue au Centre National d'Observation de la Prison de Fresnes, où les détenus effectuent un stage de quelques semaines, après leur condamnation, lequel stage permet à l'équipe pénitentiaire de pouvoir orienter le détenu vers une maison centrale, un centre de détention etc. 
Cet ouvrage reprend les entretiens qu'elle a eus avec certains d'entre eux, allant du parricide au pédophile en passant par l'exhibitionniste, tout en mettant en avant les faiblesses de la personne, son vécu traumatique, son type de personnalité. 
On apprend ainsi à distinguer les pédophiles des pères incestueux, ces derniers agissant très en secteur, puisque leurs actes sont limités au cercle restreint de la famille, ou d'enfants susceptibles d'y venir. 
On aborde également la criminalité féminine, le lien auteur-victime avec le célèbre syndrome de Stockholm ou identification à l'agresseur. 

Dans l'apparence, le détenu dévoile un peu de lui-même ; les tatouages ont une signification bien spécifique, leur emplacement et ce qu'ils représentent sont autant d'indices sur le détenu. 
De même qu'une toilette soignée ou au contraire négligée renseigne sur l'image de soi de la personne.

Dans l'aspect plus psychologique, hormis les trois grandes structures (névrotique, psychotique, pervers) et les différents types de personnalité (narcissique, paranoïaque, borderline...), l'auteur traite des instances de la personnalité telles que définies par Freud, savoir le Ca, le Moi et le Surmoi. Le premier constitue le réservoir des pulsions, tandis que le dernier est l'instance moralisatrice. Le Moi oscille entre ces deux tendances et se doit de les faire cohabiter ; il est l'instance de la raison. 

Tout au long des entretiens - qui ne sont pas tous rapportés de la même façon, et pour cause, on n'aborde pas chaque cas de manière identique en ce qu'objectivement ils ne sont pas identiques, on voit les différents mécanismes de défense que le détenu a mis en place pour préserver son Moi et plus généralement son intégrité psychique. Cela va du déni à la régression, en passant par le refoulement et la projection, entre autres. 

Très pédagogique, cet ouvrage est un témoignage des plus enrichissants sur le déroulement des entretiens en milieu carcéral. Il est à noter que ce stage de six semaines prend toute sa signification en ce que la prison de Fresnes est une maison d'arrêt autrement dit, le lieu où les prévenus vont en attente d'un jugement, et donc d'un placement dans une autre structure. 


 


René de LASSUS - Oser être Soi-même

A l'heure où les individus se vantent de ressembler à telle star parce qu'elle est "si mince", à telle autre parce que son régime fait la une des médias, à tel homme politique en raison de sa répartie et de son allure de battant... nous ne savons plus vraiment ce que nous sommes, en temps que tel, en temps que "nous-même". 
C'est le souci - inconscient - de bien des Occidentaux, Japonais inclus ! Eh oui, même le pays du Soleil Levant est concerné par les nouvelles Techniques d'Affirmation de Soi, qui ont vu le jour aux Etats-Unis, au milieu du XX° siècle et qui sont depuis, sans cesse enrichies. 
Le propos de l'auteur est aussi basé sur l'Analyse Transactionnelle (Eric Berne), dont il est un fervent partisant. 

Dans la première partie, découvrez tout d'abord ce sur quoi porte cette étude : l'Assertivité. Ce mot barbare ne vous dit surement rien. Alors l'auteur emploie divers procédés pour montrer ce que n'est pas l'assertivité, avant d'en dégager les contours, puis des exemples, et enfin une définition. 
Assurément, l'assertivité n'est ni la manipulation, ni l'agressivité, ni la soumission : ce sont là des attitudes dites non-assertives dont use la très grande majorité de nos contemporains. 
Selon René de LASSUS, "la personne assertive est celle qui ose être elle-même", autrement dit c'est la personne qui est consciente de ses propres affects, de ses émotions, et qui les dit clairement, sans ambivalence ni détour, dans un profond respect des autres et d'elle-même. 

Par différents tests très simples, vous apprendrez à mesurer votre taux d'assertivité et celui de votre entourage ; vous allez voir, c'est édifiant ! Mais déjà, si vous avez ce livre entre les mains, c'est que vous êtes concerné par les TAS et l'assertivité en général. Je le suis moi-même.  

Dans la découverte de ce nouveau monde de franchise, de respect de l'individu en temps que tel, vous vous familiariserez avec les conséquences d'attitudes plus assertives, la revendication de droits : c'est par exemple d'admettre qu'on s'est trompé, qu'on a changé d'avis ; c'est la possibilité de dire non, sans qu'il soit besoin de se justifier. 

Après vous être familiarisé avec ces différents concepts, partez à la découverte des véritables TAS ou comment devenir plus assertif. Souvenez-vous ; ce n'est ni étant agressif, manipulateur ou fuyant. Je vous laisse lire l'ouvrage pour les découvrir pleinement, sans rien révéler. 
René de LASSUS évoque également l'origine des TAS, mais aussi leurs limites, car elles en ont ! 

La seconde partie est celle qui m'intéresse le plus, en ce qu'elle mobilise de nombreux concepts psychologiques, le tout en rapport avec l'assertivité. 
Elle traite notamment des cinq mots d'ordre, auxquels nous sommes tous soumis, au moins à deux d'entre eux : 
- Sois Parfait
- Dépêche-toi
- Sois Fort
- Fais Plaisir
- Essaye Encore. 
Je vous laisse le soin de les découvrir et de les approfondir ; présentés comme je le fais, ils ne renseignent pas sur ce qu'ils englobent, leurs conséquences tant pour nous-mêmes que sur nos vies. 
Est abordé aussi le slogan social, les six modèles de personnalité dominants façonnés par la société. Regardez autour de vous ; il y a forcément quelqu'un à insérer dans chacun d'entre eux. Et vous, où vous situez-vous ? Si si, vous êtes forcément quelque part !


Je pense que ce livre est une bonne base pour devenir plus transparent, plus "assertif", plus franc dans la vie quotidienne, sans agressivité aucune, en se respectant soi-même, en respectant ses désirs, ses choix, ses aspirations, mais aussi et surtout en respectant les autres.
C'est une chose que de n'avoir pas envie de sortir entre amis ce soir ; c'en est une autre que de le dire clairement, sans justification du type : "je voudrais bien, mais j'ai un truc à faire", par exemple. De dire tout simplement : "non désolé(e), je n'ai pas envie", la personne en face intégrera inconsciemment que vous êtes une personne avec ses goûts, ses envies, sa propre personnalité, qui ne se perd pas en justifications digressives pour éviter de faire quelque chose qui ne lui plait pas.

Evidemment toutes les occasions ne sont pas bonnes pour être affirmé (voir en ce sens : les limites de l'assertivité). Certains passages sont à prendre au second degré. 

Néanmoins je conseille ce livre, et je vous conseille même de le lire deux fois ; après avoir intégré une première fois la logique des TAS, il est plus aisé de le relire à l'aune de leurs mécanismes. 

Un peu plus sur les six modèles que la société véhicule : 

batcoco-bou.wifeo.com/documents/Oser-tre-Soi-mme-ANNEXE-bis.rtf

Dans le même registre : Jacques Salomé, Le Courage d'Être Soi


Hélène PARAT - L'Inceste
 

L'inceste est un concept qui mobilise des notions variées, dont la parenté, l'alliance, la sexualité. Imprégné de la dimension pédophilique, il n'y est pour autant pas assimilable : parents incestueux et pédophiles ne sont pas à confondre.

L'inceste est une notion dont la définition n'est pas si aisée que ça à donner. Il touche des domaines divers qui participent d'une explication de cette fascination-répulsion qu'il exerce : sociologie, anthropologie, éthologie, psychologie, psychanalyse, crimiologie, droit.

A cet égard, le terme même d'inceste ne figure pas dans le Code pénal français. Depuis des années, les critiques se font nombreuses à l'égard du législateur qui, en 2010, a pris en une loi des plus bancales ; point n'est besoin d'inscrire l'inceste dans la loi puisqu'on dispose déjà d'un arsenal juridique suffisant pour le réprimer. Et pour incriminer un comportement, encore faut-il savoir à quoi il correspond effectivement...

C'est ce que tente de faire Hélène PARAT, en soumettant plusieurs définitions de l'inceste. Cela renvoie à la notion de crime sexuel intrafamilial, la violation d'un tabou, le franchissement du culturellement inacceptable... Mais in fine, définir ce qu'est l'inceste est très difficile tant il regroupe des situations hétéroclites, des profils d'auteurs différents, des victimes et des traumas propres à chaque situation.

Pourtant, depuis toujours l'inceste n'a jamais cessé d'horrifier et de fasciner à la fois. Universellement et de tout temps, l'inceste est proscrit par toutes les sociétés, quelles qu'elles soient, archaïques ou non, plus ou moins organisées. L'interdit diffère selon la structuration de la société, son mode de fonctionnement ; ce qui pourra être autorisé dans l'une ne le sera pas dans l'autre. Reste que la prohibition est universelle, seules ses modalités et son étendue varient.
Au fil de l'histoire, les mentalités ont évolué : outre l'explosion de faits d'incestes, la considération de la victime a changé. Auparavant jugée responsable, elle est désormais reconnue comme telle par le droit.

Selon certains sociologues, la prohibition est plus symbolique que biologique ; les travaux de Durkheim et Levi-Strauss en témoignent, la probabilité d'engendrer un enfant consanguin dont les facultés mentales puissent être amoindries reste scientifiquement faible. La prohibition de l'inceste est alors culturelle qui contrevient à dire qu'il conduit à la mort ; c'est la mort au sens psychanalytique du terme.

 

On en arrive ainsi au complexe d'Œdipe dégagé par Freud.
Désirs inconscients d'appropriation du parent du sexe opposé, et haine corrélative du parent du même sexe, le complexe d'Œdipe se joue au niveau du psychisme, du fantasme. Il n'est pas assimilable à des agirs réels.

C'est d'ailleurs là tout le drame de l'inceste : l'enfant ne fait qu'imaginer, souligne FERENCZI (p 77). Or en passant à l'acte, l'adulte porte non seulement atteinte à son corps, à son intimité, mais fait également effraction dans son psychisme, d'une part en lui imposant le vécu de la scène primitive, d'autre part en lui retirant la dimension fantasmatique dans laquelle il évolue. L'auteur parle de « destructibilité » (p 72) en désignant la réalité qui supplanterait le fantasme.

Le déroulement traditionnel de la sexualité infantile fait naître une angoisse, celle de castration associée aux fantasmes sur le parent du sexe opposé, qui entraîne alors le refoulement ; c'est la culpabilité. L'instance issue du conflit oedipien se trouve être le surmoi moralisateur.
Le renoncement au parent du sexe opposé se meut en une identification au parent de même sexe. On voit apparaître ici l'élaboration de mécanismes de défense, logés dans une personnalité enchassée dans une structure.

Malgré des interrogations constantes, le père reste pour Freud le représentant de l'interdit (p73). Plus largement il représente la loi, l'autorité. Lacan parle quant à lui de Nom (non) du père.
Mais c'est aussi la mère et les interdits qu'elle pose notamment via la formule « Ne touche pas ! ». Si les interdictions visent des conduites, l'interdit porte sur l'accomplissement pulsionnel brut (p 121).
D'où les problèmes ultérieurs chez les jeunes enfants auxquels on n'a jamais ou peu posé de limites : surexcitation, pulsions non maîtrisées, débordement...
L'interdit du toucher par la mère participe d'une différenciation, entre le soi et le monde autour.
De sorte que la place des imagos parentales est fondamentale. Lorsqu'elles sont renversées, elles ne participent plus de l'élaboration classique de la sexualité infantile de l'enfant. Freud parle de celui-ci comme d'un « pervers polymorphe » c'est-à-dire qu'il est excité par toute une série d'objets alentours, en fonction des stades successifs qu'elle traverse.

D'un point de vue criminologique, FERENCZI explique le silence des victimes d'inceste comme une suite logique des multiples sentiments qu'elle éprouve : ce n'est pas seulement le fruit de la peur, mais également celui d'être le réceptacle des angoisses de l'adulte. L'enfant devient alors son confident, son « privilégié » mais assure aussi la cohésion et la pérennité du système familial. Effectivement, s'il venait à révéler les faits, le scandale éclaterait, la cellule familiale serait brisée à cause de lui. L'auteur des faits serait extrait du domicile et placé en prison. Bref... autant de choses qui font que l'enfant se sent à la fois coupable de ce qu'il vit et aussi de ce qu'il pourrait avoir à vivre s'il venait à parler.
FERENCZI ne parle pas d'éventuelles peurs pour d'autres frères et sœurs, souvent plus petits et qui viendraient le remplacer s'il venait à partir.

Dans le même registre victimologique, l'auteur souligne une possible victimisation secondaire qui surgirait lors d'un éventuel procès qui peut engendre une reviviscence des traumatismes.
L'approche thérapeutique est complexe, tant là aussi les situations sont diverses, les victimes différentes et les traumatismes variés. L'auteur survole diverses thérapies envisageables comme les thérapies de groupe, au temps entre l'acte incestueux et la prise en charge thérapeutique.

Quant à la psychocriminologie, le passage à l'acte incestueux est rassurant pour l'infracteur, notamment dans un contexte de personnalité en régression ; l'enfant n'est pas aussi impressionnant que l'adulte. Il comble une faille, une blessure narcissique. L'enfant n'est qu'un objet, un prolongement de l'auteur ; c'est le mécanisme de la projection.



Concis, cet ouvrage cite ses sources, et fait beaucoup de renvoi vers des sources extérieures pour approndir le sujet.
On peut regretter l'absence d'une typologie des pères incestueux qui, bien que réductrice, dans le thème ô combien large de l'inceste, est incontournable.
Janine Chasseguet-Smirgel semble allier perversion et agir incestueux, ce que personnellement je ne partage pas. Des différentes typologies de pères incestueux dégagées, certains ont des tendances névrotiques, d'autres des structures véritablement perverses. Si l'acte en lui-même traduit des déviances ou des perversions, il n'y a pas de lien direct avec une personnalité et/ou une structure perverse.

Survolé en dernière partie, l'incestuel n'est pas défini, de sorte qu'il faut déjà avoir des références ou bien les rechercher ailleurs si on veut comprendre la question.
La psychanalyste Bernadette SÜRIG parle de relation incestueuse fondamentale entre l'enfant et sa mère. Hors contexte incestueux, il éveille logiquement les pulsions sexuelles infantiles. Il y a ainsi beaucoup d'agirs incestuels non révélés, souvent pratiqués par les mères à l'occasion de la toilette intime.



 




 
 
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